À une époque où Hyères est gangrenée par les violences mafieuses et les spéculations immobilières, la députée Yann Piat dérange. En mars 1993, moins d’un an avant sa mort, une réunion publique qu’elle organise est violemment perturbée, signe d’un climat de plus en plus hostile. Le 25 février 1994, vers 19h45, elle quitte sa permanence parlementaire à Hyères, accompagnée de son chauffeur Georges Arnaud.
À bord d’une Clio Baccara, elle entame sa route vers son domicile, Le Mas Bleu. Sur les lacets du Mont des Oiseaux, une moto Yamaha la suit de près. Le passager ouvre le feu à six reprises, brisant la vitre arrière, puis atteignant mortellement la députée de plusieurs balles, notamment à la poitrine et à l’artère pulmonaire. Touché à la cuisse, son chauffeur réussit à fuir et trouve refuge à 20h12 dans la caserne des pompiers.
Malgré l’intervention du SMUR, Yann Piat meurt sur place. Elle devient la première femme députée assassinée sous la Cinquième République, et la deuxième élue tuée dans le Var en douze ans. Le 1er mars 1994, ses obsèques à La Londe-les-Maures rassemblent plus de 2 000 personnes, dont des figures de premier plan comme Valéry Giscard d’Estaing, François Léotard et Jean-Claude Gaudin.
Très vite, l’émotion populaire entraîne l’ouverture d’une enquête de grande ampleur. Des lettres laissées par la députée et ses dénonciations publiques d’accointances entre élus et mafia orientent d’abord les soupçons vers une piste politique. Mais l’enquête s’oriente ensuite vers un meurtre commandité par le milieu varois, notamment par Gérard Finale, patron du bar Le Macama, qui voyait en Piat un obstacle à ses ambitions mafieuses.
Le 15 juin 1994, la police interpelle deux jeunes tueurs, Marco Di Caro et Lucien Ferri, grâce aux révélations de Delphine Capel, proche du gang. En 1998, le procès de Finale et des membres de sa bande révèle des liens troubles entre politique et banditisme, sans pour autant nommer clairement les commanditaires politiques supposés.
Les condamnations tombent le 16 juin : Finale et Ferri écopent de la perpétuité, Di Caro prend 20 ans, les autres complices de 6 à 15 ans. Un seul, Stéphane Chiarisoli, est acquitté. Malgré les peines, les doutes persistent. En 1997, deux journalistes relancent la thèse du complot d’État, impliquant des figures politiques, sur la base de faux témoignages d’un prétendu général, Jacques Jojon.
Condamnés pour diffamation, les auteurs sont discrédités, mais le soupçon reste. François Léotard, désigné à tort comme commanditaire, accuse Jacques Chirac d’avoir orchestré une manipulation. Le « général » Jojon meurt dans l’anonymat, son corps retrouvé sept ans après sa disparition.
Aujourd’hui, presque tous les condamnés ont purgé leur peine. Gérard Finale meurt en prison en 2010. Lucien Ferri, libéré sous condition, succombe en 2013 à une méningite. Marco Di Caro, après sa libération, récidive dans une affaire de séquestration.


